jeudi 5 juin 2014

Crise universitaire : l’Université Gaston Berger dans la tourmente




Université Gaston Berger
A l’instar de la quasi-totalité des universités publiques sénégalaises, l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis sombre dans le chaos.
Le non paiement des bourses des étudiants du Master et la non-effectivité du changement de taux de la bourse des étudiants de la deuxième année ont été les gouttes de trop qui ont fait déborder le vase.
A cœur ouvert avec Seynabou Ngoma Seck, étudiante en Master 1 en Langues Étrangères Appliquées (LEA) pour connaitre les maux qui rongent cette université qui, jadis symbolisait l’excellence.

Pourquoi les étudiants de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis ont-ils décidé de quitter le campus social ?
On a décidé de déserter le campus parce qu’il y va de notre sécurité.  Nous n’allons pas rester au campus, être en mouvement et qu’on ne nous donne pas les moyens de le mener à bien.
Les restaurants universitaires ont été fermés le lundi. Pour le déjeuner, les étudiants ont défoncé les portes des restaurants pour se servir. Le ministre de l’Enseignement Supérieur ou peut être bien le directeur du Crous (Centre des Œuvres Universitaires de Saint-Louis) a interdit aux étudiants d’utiliser les « Journées Sans Tickets » pour faire la grève parce qu’on utilisait en général ce moyen pour mettre la pression sur les autorités pour qu’elles réagissent face à nos revendications.
Cette année, le ministre de l’Enseignement Supérieur  Mary Teuw Niane nous a interdit  de faire cela donc à chaque fois qu’il y a JST, les étudiants sont obligés de se battre pour entrer dans les restaurants. C’est ce qu’ils ont fait ce lundi au déjeuner et à notre grande surprise, le ministre nous a menacés en disant que les policiers allaient intervenir si les portes des restaurants étaient défoncés pour le dîner.

Qu’avez-vous décidé de faire après la fermeture des restaurants ?
On a tenu une Assemblée Générale d’urgence le même jour à 19H pour faire le point sur la situation parce que les délégués des étudiants ne pouvaient pas prendre la responsabilité de garantir la sécurité de plus de mille personnes. Certains ont commencé à rentrer chez eux, la grève commençait à durer. Ils nous ont expliqué ce qui se passait et nous ont dit que si on utilisait la violence pour accéder aux restaurants à l’heure du dîner, ce serait la catastrophe comme ce qui s’est passé à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar aujourd’hui (affrontements entre étudiants et forces de l’ordre les mercredi 21 et jeudi 22 mai). Pour éviter cela, ils nous ont exhortés à ranger nos affaires et à rentrer chez nous parce que nous sommes là pour étudier et avoir des diplômes donc nous n’allons pas nous battre et nous blesser. C’est pourquoi nous avons soigneusement rangé nos affaires. Nous sommes rentrés dans la nuit du lundi au mardi.

Qu’est ce qui est à l’origine de votre mouvement d’humeur ?
Il a débuté il y a quelques semaines et a été suspendu par la suite. Les raisons principales sont le retard du paiement des bourses des étudiants du Master et la non effectivité du changement de taux de la bourse des étudiants de la deuxième année. Tout le monde sait que lorsque tu es en première année et que tu as une demi-bourse, si tu fais les efforts nécessaires pour passer en deuxième année, tu auras une bourse entière.
Mais cette année à notre grande surprise, le ministre a refusé aux étudiants de la deuxième année le droit d’avoir une bourse entière.
Le mouvement avait été suspendu mais les étudiants de la deuxième année n’ont pas accepté cette décision donc ils sont allés au front eux-mêmes sans l’avis des délégués.
C’est après ce front que le mouvement a repris jusque là. Cette fois, ils se sont dit que ce n’est pas intéressant de mener un mouvement et de reculer par la suite. Il faut mener le mouvement jusqu’au bout ou ne pas le mener du tout. C’est dans cette lancée qu’on est en train de mener le mouvement. Personnellement, je ne suis pas pour la grève mais là actuellement, il faut que ça se passe. Il faut qu’on mène le mouvement jusqu’au bout. S’il faut une année invalide pour régler le problème, il faut qu’on le fasse parce que jusque là nous n’avons pas fait nos examens  du premier semestre. On a débuté les cours au mois de février donc on a presque rien appris. Ce n’est pas intéressant d’essayer de sauver une année qui ne nous servira à rien puisque qu’on aura des diplômes sans avoir la connaissance équivalente.

Quels sont les problèmes auxquels vous faites face à l’UGB ?
Le principal problème, c’est l’hébergement. Je suis à l’UGB depuis 3 ans, c’est-à-dire depuis 2011. Pour notre première année, ce n’était pas trop grave, on était quatre dans la chambre. Normalement, on nous dit que les chambres sont séparées en poche pour 2 personnes au maximum. Quand il y a eu les problèmes d’hébergement, 3 voire 4 personnes étaient dans une seule chambre. Depuis l’année dernière, il y avait 6 personnes dans une chambre parce qu’on est obligé d’héberger 2 personnes à la fois. Il y a des personnes qui viennent et qui sont soit tes sœurs, tes cousines ou même des personnes que tu ne connaissais pas.
Depuis l’année dernière, j’héberge deux personnes que je ne connaissais pas et cette année, j’ai une petite sœur qui est venue à l’université et je ne peux pas la laisser dormir ailleurs donc on est obligé d’héberger comme on l'a été nous aussi. Il faut qu’on rende la monnaie de la pièce.
Il y a des problèmes avec les professeurs. L’UGB est en crise parce qu’avec le Contrat De Performance (CDP) conclu entre le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et les universités publiques sénégalaises, on s’attendait à une amélioration de l’enseignement mais ce n’est pas le cas. Par exemple, il y a eu un mouvement des étudiants de l’Unité de Formation et de Recherche (UFR) des Sciences Appliquées et Technologies du fait que les étudiants de la première année n’avaient pas jusque là commencé leurs séances de Travaux Dirigés (TD). Comment pouvez-vous imaginer une UFR où on apprend les sciences appliquées et qu’on n’applique pas ? On nous dit que les professeurs, les chefs de section, de département avaient des problèmes avec le ministre de tutelle. Si ces problèmes existent réellement, c’est entre eux, ils n’ont qu’à les régler.
Par rapport à l’orientation de nouveaux bacheliers cette année, ils sont déjà là  donc ils n’avaient qu’à créer les conditions nécessaires pour qu’ils puissent étudier normalement. J’ai deux petits frères là bas, ça ne me plait pas qu’ils quittent leurs maisons et qu’ils ne puissent pas travailler normalement. Ils sont en train de se débrouiller avec leurs aînés qui essayent tant bien que mal de leur expliquer les cours mais cela ne suffit pas. Quand on apprend les mathématiques, les sciences physiques, il faut faire des TD obligatoirement. Comment ceux qui apprennent l’informatique peuvent avoir un bon niveau sans la pratique ?
En résumé, le social, la pédagogie, tout est en crise et ce n’est pas seulement à l’UGB. C’est aussi le cas à l’Ucad, à l’université Assane Seck de Ziguinchor. On s’informe et il y a partout des fronts, la grève, c'est donc déplorable.

Qu’en est-il des étudiants qui n’ont pas pu trouver de logement ? 
Ces derniers sont obligés de faire la navette en attendant de trouver quelqu’un qui pourrait les héberger. Ils font la navette de la ville au campus et ce, tous les jours. Il y a avait une qui venait passer la journée dans notre chambre parce qu’on ne pouvait pas l’héberger car on était déjà 6 personnes dans la chambre et c’était excessif. Les petits lits pour une seule personne étaient partagés par deux personnes. Elle a passé presque un mois à faire la navette, c’est déjà beaucoup de dépenses, tu es fatigué, tu parcours 14 km pour aller étudier en taxi de surcroit. Donc tu dépenses beaucoup en argent et en énergie. Dans ces conditions, quand tu arrives chez toi, je doute que tu aies la force nécessaire pour réviser tes cours. Après, on a fini par lui trouver une salle d’étude, elles étaient  plus d’une dizaine là bas. Dans ces salles, il n’y a pas de salle de bain. De ce fait, elles sont obligées d’aller dans les toilettes publiques. Tous ces problèmes font que psychologiquement, si tu n’es pas très fort, tu risques de ne pas pouvoir rester. J’ai vu des étudiants qui n’ont pas passé deux semaines à l’université. Ils  sont rentrés en disant qu’ils ne pouvaient plus supporter la situation. Ils obligent ainsi leurs parents à payer ou bien ils font autre chose parce qu’il y a des conditions dans lesquelles, on ne peut pas étudier normalement. Si on n’a pas la chance d’avoir un logement très tôt, c’est très difficile.

Qu’est ce qu’ont fait les autorités de l’université pour venir en aide à ces étudiants ?
Il y a un village N qui était en construction depuis longtemps. Les bâtiments du village ont été réceptionnés cette année mais ils ne suffisent pas. Ils ont ouvert les salles d’étude qui étaient déjà occupées. On voyait 4 à 5 personnes au maximum  dans les salles d’étude mais cette année on peut voir 10 personnes dans une salle d’étude  parce qu’il n’y a pas de logement en fait. Ils disent qu’ils vont en construire d’autres mais les constructions du village N ont commencé il y a 3 ans pour régler les problèmes de logement qu’il y avait à cette époque mais actuellement le problème de logement s’est décuplé par je ne sais combien donc il faudrait au moins 2 à 3 villages pour régler carrément le problème. Avant que les 3 000 nouveaux bacheliers ne viennent, on s’amusait à dire qu’on leur trouverait des tentes. 
           
Concrètement quelles sont les conséquences de ce surpeuplement ?
C’est très difficile de vivre avec 6 personnes. Déjà, chaque personne a son caractère et dans un espace très restreint, on entasse 6 personnes. Il y a une salle de bain, de ce fait si tout le monde a cours à 8H, c’est la catastrophe. Vous êtes obligés de vous réveiller à 5H. Des fois, quand j’ai un examen ou un devoir, je me douchais avant de me coucher. De ce fait, quand je me réveille, je me prépare rapidement et j’y vais comme ça une fois rentrée, je prends mon bain.
Ce surpeuplement diminue en fait les bonnes conditions et quand les gens sont dans une situation précaire, on n’étudie pas comme il le faut. Dans la chambre, c’est impossible de travailler. Quand je veux travailler, je prends mes affaires et je vais dans les Unités de Formation et de Recherche (UFR) même la nuit.
Maintenant, il est même impossible de travailler dans les UFR. Elles sont prises d’assaut par les étudiants. Il y a plus de 20 personnes dans les salles du fait qu’elles n’appartiennent à personne et quand certains se mettent à faire du bruit, on ne peut rien y faire. Donc les conditions deviennent difficiles pour étudier.
Il y a aussi le problème de la restauration. Comparée à l’Ucad, on disait qu’à l’UGB, on mangeait bien mais quand il y a surplus, les restaurants ne peuvent pas accueillir tout ce monde.
Tu peux avoir cours à 15H, tu es obligé de faire un rang pendant 15 mn pour aller déjeuner. Pour trouver une solution, j’allais prendre mon petit-déjeuner à 7H, le déjeuner à 11H30 et le dîner à 19H. Même si ces heures ne m’arrangeaient pas, j’étais obligée de le faire sinon tu rates tes cours, sinon t’es en retard et ce n’est pas bien parce que les profs vont te créer des problèmes. Ils vont te dire que t’avais qu’à te débrouiller pour venir à l’heure. Tu viens dans les restaurants, il n’y a pas de places, de tables, tu es obligé d’attendre. En fait, des structures d’accompagnement n’ont pas été mises en place pour gérer l’accroissement des effectifs, c’est ça le principal problème.

Qu’est ce que ça vous fait d’être confrontée à une telle situation ?
Pour moi, ce n’est pas très grave parce que j’ai déjà fait 3 ans là bas. Mes deux premières années ont été plus ou moins normales. J’ai de la peine surtout pour ceux qui viennent d’arriver et ceux qui sont en Terminale et qui espèrent aller à l’UGB. Certains de mes camarades de classe et moi, avons déjà la licence, donc on a moins de problèmes bien vrai qu’on en a toujours.
Là actuellement on est en grève, on essaye de trouver des stages jusque là on n’a rien, un boulot n’en parlons même pas mais au moins on a passé quelques années là bas avant que la situation ne se détériore. Je me rappelle que les anciens nous disaient tout le temps que nous sommes arrivés au mauvais moment parce que c’est en 2011 que l’UGB est vraiment entrée en crise avec la session unique. Cette année, on parlait de session unique à un moment mais je ne crois même pas qu’il y ait session unique, peut être que l’année sera invalide. Je ne vois pas comment on peut faire pour la sauver parce qu’avant que cette crise ne reprenne, on nous disait que les examens du second semestre se feraient au mois d’octobre. A supposer que les cours du second semestre soient faits parce que jusqu’au mois de juin, si on ne fait pas les examens du premier semestre, quand est ce qu’on va les faire et quand est ce qu’on va faire les cours du second semestre pour faire des examens. Il vaut mieux que l’année soit invalide malheureusement et qu’on règle tous les problèmes de l’université pour que l’année prochaine on démarre en octobre pour finir en juillet, que les années académiques redeviennent normales. Franchement c’est ce que je préfère bien  vrai que ça ne soit pas bon pour nous, ni pour ceux qui sont en position de cartouche. Il y aura toujours des conséquences néfastes mais ce sera pire si on essaye de sauver cette année.
Je suis assez déçue par rapport à notre ministre de tutelle en l’occurrence Mary Teuw Niane parce qu’il a été Recteur à l’UGB, il a longtemps défendu cette université donc je ne comprends pas ce changement d’attitude qu’il a envers l’université et l’éducation. Tout le corps éducatif s’attendait à ce qu’il améliore les conditions d’étude.

A ce rythme, quelles pourraient être les conséquences pour le Sénégal d’ici quelques années ?
Un pays d’illettrés, un pays d’autorités qui ne savent rien malheureusement parce que ce n’est pas intéressant d’avoir un Master et de ne rien savoir. Il ne suffit pas d’avoir des connaissances sur une filière donnée mais il faut un savoir-vivre et un savoir-être. Quand tu entends des autorités parler, tu te demandes où est ce qu’il a étudié car tu cherches à savoir comment c’est possible qu’une personne ait ces idées et qu’elle veuille diriger. Certaines personnes votent pour ces dernières parce qu’étant toutes ignorantes. A ce rythme, on va cultiver l’ignorance, la médiocrité. Dans ces conditions, le Sénégal ne va jamais émerger. On dit Nouveau Type de Sénégalais (NTS) en oubliant que ça commence par l’éducation. On ne peut pas faire émerger un pays sans l’éducation. Tout le monde le dit mais on ne fait rien pour que l’éducation marche.           

vendredi 30 mai 2014

Cardinal Théodore Adrien Sarr : une vie au service de l’Eglise



Cardinal Théodore Adrien Sarr
Les 23, 24 et 25 mai passés, le Cardinal Théodore Adrien Sarr a fêté son jubilé d’or.
1964-2014 : 50 ans de service sacerdotal
Retour sur la trajectoire d’un enfant pas comme les autres.




Né à Joal, Théodore Adrien Sarr est le benjamin d’une famille de 7 enfants dont 3 garçons et 4 filles.
Son père Roog Sarr était un guérisseur traditionnel doté de pouvoirs mystiques qui lui permettaient de tuer le lamantin, un animal redoutable.
En effet, d’après la tradition, quand on allait à la chasse au lamantin et qu’on ne parvenait pas à le tuer, soit on devenait fou, soit on mourrait.
Sa mère s’appelait Marie-Louise Diaher.
L’enfant Théodore Adrien Sarr était différent des enfants de son époque. Il était calme, studieux et aimait lire des ouvrages le soir au moment où tous les villageois se donnaient rendez-vous à la place publique pour danser le « Nguel », qui est une cérémonie au cours de laquelle, les habitants du village dansent au rythme des tam-tams jusqu’à l’aube.
Joal n’étant pas encore électrifié à cette époque, sa mère Marie-Louise Diaher en l’occurrence n’hésitait pas à s’endetter pour pouvoir acheter à son enfant des bougies pour qu’il puisse s’adonner à son activité favorite qu’est la lecture.
Ce qui lui permit d’avoir un très bon niveau de langue. Un jour, commettant une faute lors d’une dictée en classe, Ada (nom d’initiation du Cardinal Théodore Adrien Sarr) fondit en larmes au moment où ses camarades de classe en avaient commis des dizaines.
Cela démontre à quel point il était perfectionniste et ce, dès sa tendre enfance. Il dégageait très tôt un leadership.
Alors que son père, Roog Sarr s’apprêtait à faire de lui son digne héritier comme le voudrait la tradition sérère, Ada décide contre toute attente d’aller au petit séminaire.
Son père ne l’entend pas de cette oreille et s’oppose farouchement à cela, lui le conservateur.
Pendant que ses camarades étaient au petit séminaire, Ada essaye tant bien que mal avec l’aide d’autres personnes de convaincre son père réticent.
Toutes les tentatives étaient vouées à l’échec jusqu’au jour où il eut la superbe idée d’écrire une lettre à son grand frère François Sangol enrôlé dans l’armée et affecté en Guinée.
Dans cette lettre, il lui explique le refus catégorique de son père de le laisser aller au petit séminaire.
Le grand frère, François Sangol écrit à son tour une lettre à Papa Roog. Il arrive à convaincre ce dernier de laisser Ada partir au petit séminaire de Ngasobil.
Pour ce faire, François Sangol a non seulement promis à Papa Roog de subvenir à tous les besoins de la famille, mais il s’est aussi engagé à prendre en charge l’ensemble des frais inhérents à la formation au petit séminaire.
Au petit séminaire, Ada se distinguait par son calme. Il jouait très souvent le médiateur quand ses camarades en venaient aux mains.
Lui par contre ne s’est jamais bagarré et prônait la paix. Paix qu’il s’évertue depuis des années à ramener en Casamance d’où le livre autobiographique du journaliste Marcel Mendy intitulé Cardinal Théodore Adrien Sarr, soldat de la paix. 

lundi 19 mai 2014

Uefa Champion's League : qui pour succéder au Bayern de Munich ?


La coupe aux grandes oreilles
Réal de Madrid vs Atlético de Madrid, telle est l’affiche inédite de la finale de la ligue européenne des champions 2013/2014 prévue le 24 mai prochain à Lisbonne (Portugal). Quatorze ans après la finale au stade Saint-Denis (France) entre le Réal de Madrid et le FC Valence, deux clubs espagnols vont en découdre en finale de la C1.

Cette finale rentrera dans les annales du football dans la mesure où pour la première fois dans l’histoire de la coupe aux grandes oreilles, deux clubs de la même ville vont disputer la finale. Madrid sera pour le temps d’une soirée la capitale de l’Europe.
Les clubs espagnols auront marqué de leur empreinte cette dernière décennie avec notamment des sacres continentaux pour le FC Barcelone, le FC Séville, l’Atlético de Madrid.
Cette finale matérialise donc l’hégémonie actuelle du football ibérique en Europe et dans le monde. A l’instar de la Roja, la sélection nationale, les clubs espagnols atteignent régulièrement le carré d’as de la plus prestigieuse des compétitions interclubs.
Retour sur les confrontations entre les deux clubs pour la saison 2013/2014
Les deux clubs de Madrid (le Réal et l’Atlético) se sont déjà frottés à quatre reprises cette saison (deux fois en liga et deux fois en coupe du roi).
Avec 2 victoires, 1 nul et 1 défaite sur les quatre rencontres, les merengues ont un ascendant psychologique sur les colchoneros.
En effet, le Réal a humilié l’Atlético en demi-finale de la coupe du roi en s’imposant 5 à 0 dans la double confrontation (aller 3-0 et retour 0-2).
En championnat par contre, avec 1 victoire et 1 nul, les hommes de Diégo Siméone ont réussi un grand coup. Ils sont allés faire le hold-up à Santiago Bernabéu (0-1 avec un but inscrit par Diégo Costa) avant d’être contraints par les merengues au partage des points à domicile le 2 mars dernier (2-2).
Les colchoneros grâce à leur match nul au Camp Nou devant le FC Barcelone lors de la 38ième et ultime journée de la liga, ont remporté leur dixième titre de champion d’Espagne, ce qui n’était plus arrivé depuis la saison 1995/96.
Ceci montre si besoin en est que cette saison semble bel et bien être celle de l’Atlético de Madrid.
Réal de Madrid : un dixième sacre en ligne de mire
Le moment tant attendu par les Socios est enfin arrivé. Le Réal de Madrid va joueur la finale de la C1, après douze ans de disette.
On se rappelle encore de la finale à Glasgow (Ecosse) en 2002 entre le Réal de Madrid et le Bayern Leverkusen qui s’était soldée par la victoire 2 buts à 1 des merengues grâce notamment à un but d’anthologie du métronome français Zidane.
Depuis lors, les madrilènes peinent à confirmer au plan européen avec des éliminations en huitièmes, quarts et demi-finales de la Champion’s League.
Cette année, sous l’impulsion du duo Carlo Ancellotti et Zinédine Zidane, les merengues visent leur deuxième trophée de la saison après la coupe du roi remportée aux dépens du FC Barcelone.
Le Réal a certainement l’un des effectifs les plus étoffés de l’Europe avec des joueurs de la trempe de Ronaldo, Benzema, Bale, Di Maria pour ne citer que ceux là. Ces derniers ont permis au Réal d’inscrire la bagatelle de 37 buts en douze rencontres de Champions League cette année. Cependant la défense semble être le talon d’Achille de cette équipe, elle qui a concédé 9 buts en autant de matches. La maison blanche dispose de joueurs de dimension mondiale à tous les postes, mais pour venir à bout des colchoneros, le talent ne suffira point. Le mental, l’engagement physique, la patience auront certainement leur pesant d’or lors de cette finale qui sera âprement disputée.
Atlético de Madrid : tout proche de l’exploit
L’Atlético de Madrid sacré champion d’Espagne et finaliste de la Champion’s League pour la saison 2013/14. Qui l’aurait cru ? Personne sans nul doute.
Les colchoneros habitués à la Ligue Europa ont réalisé cette saison en ligue des champions un parcours digne d’un champion.
En effet, l’Atlético de Madrid a réussi la prouesse d’accéder en finale sans perdre le moindre match. En douze (12) matches disputés, les poulains de Diégo Siméone en ont remporté neuf (9). Seuls trois clubs ont réussi à neutraliser la machine de guerre madrilène à savoir le FC Zénit Saint Petersbourg, le FC Barcelone et FC Chelsea. Au total, les colchoneros ont inscrit 25 buts et n’en ont encaissé que 6.
Diégo Siméone, le coach argentin des colchoneros a réussi à insuffler à ses joueurs des qualités qui ont fait sa renommée en Europe du temps où il était joueur.
Il fut un grand milieu de terrain défensif dans les années 90 et a fait les beaux jours du calcio sous les couleurs de la Lazio de Rome,  de l’Inter de Milan. La hargne, la fougue, l’engagement étaient ses principaux caractères.
Connaissant le passé du technicien argentin, on comprend mieux pourquoi l’Atlético de Madrid est une muraille, une forteresse. Inscrire un but face à ses redoutables colchoneros semble relever d’un miracle. Ainsi, durant cette édition de la ligue européenne des champions, l’Atlético a réussi à garder ses cages inviolées six (6) fois.
1974-2014, voila quarante ans que les colchoneros n’avaient plus atteint la finale de la C1.
Amenés par l’une des révélations de cette saison à savoir Diégo Costa, l’attaquant d’origine brésilienne naturalisé espagnol, l’Atlético peut voir venir et a tout les atouts en main pour triompher au soir du 24 mai prochain.
Quoi qu’il en soit, l’Espagne et plus particulièrement la ville de Madrid dormira à la belle étoile.

dimanche 4 mai 2014

Hommage à deux grands hommes



Dans un contexte de mondialisation, de dégradation des mœurs, où chanteurs, lutteurs et danseurs ravissent la vedette aux intellectuels, il urge de trouver une alternative pour ne pas laisser la jeunesse à elle-même.
Ladite alternative consiste à offrir en exemple aux jeunes des personnes qui, de par leurs actions, ont marqué positivement leur époque, bref des modèles.
Monsieur Alassane Faye et Monsieur Cheikhou Oumar Faye sont deux d’entre eux.


Monsieur Alassane Faye : une vie au service de sa communauté
Le 26 février 2014, la nouvelle tombe. Une triste nouvelle, Monsieur Alassane Faye n’est plus.
A Yoff, cette terre qui l’a vu naître, grandir et se réaliser, il a tout donné.
Multidimensionnel, tel est le qualificatif qui sied à ce grand homme.
Réussir à tout prix_ Son handicap poussait certains à affirmer qu’il n’avait pas sa place à l’école, qu’il n’allait jamais réussir, mais c’était sans compter avec le courage et la détermination dont il a fait montre.
Ces valeurs intrinsèques  lui ont permis de surprendre plus d’un et de gravir un à un les échelons scolaires jusqu’à obtenir sa maîtrise au département de Géographie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
« Le plus grand plaisir dans la vie est de réaliser ce que les autres vous pensent incapables de réaliser. », disait Walter BAGEHOT. Ce pari, il l’a bel et bien réussi.
Avoir foi en soi, peut nous permettre de triompher dans des situations parfois compliquées, telle est la leçon de morale qu’on peut tirer d’une étape de la vie de Monsieur Alassane Faye.
Professeur émérite_L’enseignement est un métier qu’il a embrassé par amour, influencé qu’il était par Monsieur Seydina Diouf, son enseignant du primaire à l’école Talla Diagne.
L’histoire et la Géographie telles que enseignées par Monsieur Alassane Faye nous paraissaient faciles, évidentes du fait de sa pédagogie, de sa verve mais surtout de sa parfaite maitrise de la matière.
« Tout ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément », dixit Boileau.
Ses enseignements étaient clairs et limpides comme de l’eau de roche, c’est ce qui a fait qu’il était un professeur d’Histoire et de Géographie qui se distinguait parmi tant d’autres.
La Bibliothèque Ousmane Sembène de Yoff (Bosy), point focal de sa vie_Les livres et Monsieur Alassane Faye, c’est un amour profond. C’est donc naturellement, constatant l’absence d’une bibliothèque digne de ce nom à Yoff, qu’il participe à la mise en place d’un système de prêt de livre moyennant une somme modique. C’est le début d’un processus qui aboutira à la création de la Bosy.
Selon Frantz FANON, « Chaque génération devra, dans une relative opacité, trouver sa mission, et la remplir ou la trahir. »
Sa génération a non seulement trouvé sa mission, mieux encore elle l’a bien remplie.
Le dictionnaire Hachette définit le savant comme étant une personne qui possède de grandes connaissances. Pour ma part, est savant, celui qui, de par son ingéniosité, arrive à trouver une solution à un problème posé à l’ensemble de sa communauté. Dès lors, il ne suffit point de ne disposer que de connaissances (théorie) mais de s’appuyer sur celles-ci pour apporter une solution concrète à un problème posé. Sous cet angle, je déduis que Monsieur Alassane Faye en était un dans la mesure où, il a su avec l’aide d’autres yoffois, mettre sur pied en 1992 une bibliothèque dont la renommée dépasse largement le territoire communal voire national et ce, au grand bénéfice des populations yoffoises y compris nous qui en bénéficions aujourd’hui.
Un esprit sain, dans un corps sain_ « Si les Français savaient le rôle de l'intelligence et de la volonté, la part de l'esprit et de caractère dans la plupart des sports ; avec quel entrain ils y pousseraient leurs enfants». Ces termes sont du baron Pierre de Coubertin, fondateur des jeux olympiques modernes.
Depuis belle lurette, les scientifiques ont démontré les vertus du sport pour le genre humain. Il l’avait bien compris, lui qui, dans sa tendre jeunesse fut un grand sportif.
Non seulement il connaissait les règles de bon nombre de disciplines sportives mais il les pratiquait. Comme sports pratiqués, nous pouvons citer entre autres l’athlétisme, le football.
Le rectangle vert, il le connait bien. Défenseur, il était dur sur l’homme comme dirait un initié, ce qui lui a valu le surnom de Tardelli en référence au grand défenseur de la sélection italienne : la squadra azura.
Pilier indiscutable de bon nombre de structures_ celles-ci sont entre autres l’Association des Elèves et Etudiants de Yoff (AEY), l’Association pour la Promotion de l’environnement marin (Asprem), l’Association pour la lutte contre le Sida. Partout où on a fait appel à son expertise, sa clairvoyance, sa pro-activité c’est-à-dire sa capacité d’anticipation, son dynamisme, son désintéressement, son sens de l’organisation, son respect de la parole donnée, sa ponctualité, sa véracité étaient loués.
De surcroit, il était un grand fédérateur, ce qui lui a permis dans le cadre de l’AEY, de convaincre les plus réticents dans l’optique de servir sa communauté en l’occurrence celle de Yoff et non pas se servir.
Il fait partie des membres fondateurs de ladite structure dont il fut le tout premier président.
Tout ceci démontre si besoin est, primo la transversalité de l’homme et secundo son engagement, sa ferme volonté d’œuvrer dans le sens de faire de Yoff une localité enviée.

Monsieur Cheikhou Oumar Faye : sur les pas de son maître
La date du 2 février 2014 restera à jamais gravée dans la mémoire de bon nombre de yoffois qui ont perdu une personne hors du commun.
Aussi brève que soit sa vie, il a su faire ce que n’ont pu faire des hommes qui vécurent longtemps.
Cheikhou a grandi sous l’aile protectrice de son frère aîné Monsieur Alassane Faye. Naturellement, on constate beaucoup de similitudes entre ces derniers.
« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », a dit Corneille. C’est la raison pour laquelle, la plupart des actes qu’il posait étaient salués par ses aînés.
Sauvegarder le legs des aînés_D’aucuns seraient tentés de penser que Monsieur Alassane Faye était son géniteur du fait de leur complicité, de leur proximité.
L’aîné joua un rôle prépondérant dans la vie du cadet, qui avait le même profil. Il était un littéraire tout comme son aîné, une fois auréolé de réussite au baccalauréat, il a été orienté au département d’Histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar avant d’opter finalement pour celui de droit.
La dévotion, l’énergie avec lesquelles, il s’acquittait des affaires de la Bosy dépassaient l’imaginaire car conscient que ce legs devait impérativement être sauvegardé et ce, à n’importe quel prix. 
La générosité à l’état pur_Le principal trait caractéristique de Cheikhou était sa bonté, sa gentillesse. Dans un monde où l’égoïsme, la recherche d’intérêts personnels étaient érigés en règle, il se distinguait par son désintéressement dans le cadre des relations humaines.
La force tranquille_Dans un contexte social local caractérisé par la violence outrancière de la jeunesse, il était l’incarnation de la sérénité, de la quiétude, de la tolérance. Le voir en colère, était un fait rarissime.
Un élève pas comme les autres_On a partagé la même classe pendant deux ans au Collège d’Enseignement Moyen de Yoff. Je me rappelle que lorsque certains de nos professeurs posaient des questions difficiles, il était l’un des rares voire le seul à pouvoir répondre, ce qui démontre qu’il avait très tôt les prédispositions, les aptitudes pour intégrer la si prestigieuse école qu’est l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) par le biais d’un concours national réputé être l’un des plus relevés et sélectifs.
A l’approche des examens que sont le Brevet de Fin d’Etudes Moyen (Bfem) et le baccalauréat, la Bosy était le point de convergence de nombreux élèves yoffois.
Cheikhou Oumar ne lésinait pas sur les moyens afin d’aider ses frères et sœurs yoffois à réussir à ces examens. Ils sont nombreux ceux à qui, il a dispensé gracieusement des cours d’histo-géo et de français, des matières qu’il maitrisait parfaitement.
Jeunes sénégalais, jeunes yoffois, si vous êtes à la recherche de modèles, de bons modèles, n’allez pas loin car vous en avez assez.
Monsieur Alassane Faye et Monsieur Cheikhou Oumar Faye peuvent être vos modèles. Eux qui durant toute leur vie n’ont cessé de se surpasser et de servir leur communauté.