mardi 14 avril 2015

Tambacounda, Fatick et Ziguinchor triomphent d’entrée



Tambacounda
La première journée du tournoi de football de la semaine nationale de la jeunesse édition 2015, qui a eu lieu ce samedi 4 avril au stade Iba Mar Diop, a tenu toutes ses promesses. Les équipes cadettes de Tambacounda, Fatick et Ziguinchor ont respectivement pris le dessus sur celles de Matam, Kolda et Thiès.


C’est à 9H 06 mn qu’Hamady Sall, l’arbitre central, a donné le coup d’envoi du match Tambacounda / Matam. Dès l’entame de la rencontre, les joueurs de Tamba exercent un pressing haut. Les Tambacoundois, plus physiques et plus techniques que leurs adversaires du jour, quadrillent bien le terrain et ont une plus grande possession de la balle. A la 7ième mn, un bon centre partant de la droite, ne trouve aucun attaquant de Tamba dans la surface matamoise. Sept minutes plus tard, suite à un contre favorable consécutif à un centre bien dosé, Saraba Soumaré, d’un plat du pied, trompe la vigilance du portier de Matam (1 - 0). Quelques minutes après, le premier buteur du match, idéalement servi en profondeur, décroche un tir. Le cadre se dérobe. Tambacounda manque de peu le break. Très en jambes, Saraba Soumaré provoque la défense adverse, entre dans la surface de réparation avant de dribbler le gardien. Son centre-tir ne trouve pas preneur. Il faut attendre la 24ième mn pour voir les Matamois à l’assaut du but de Tamba. Ils arrivent à marquer mais l’assistant de M. Sall signale une position de hors jeu. A la 26ième mn, Mamadou Kamissokho prend de vitesse la défense de Matam. Une fois dans la surface adverse, il déclenche une lourde frappe qui ne laisse aucune chance au gardien de Matam. Tamba devance désormais Matam de deux buts. Quelques instants avant la pause, Saraba Soumaré tue tout suspens. Il fait une percée sur le flanc droit de Matam avant de déclencher, à l’entrée de la surface, un shoot à mi-hauteur qui atterrit dans les filets adverses. La mi-temps intervient sur ce score de trois buts à zéro en faveur de Tamba. A la 50ième mn, Saraba, à la réception d’une passe lumineuse dans le dos de la défense de Matam, voit sa tentative repousser par le portier. Suite à une erreur de relance, le tir d’Oumar Camara est détourné en corner par la main ferme du gardien de Tamba. A la 57ième mn, Amara Keita inscrit un but qui fera certainement partie des plus beaux du tournoi. Sa frappe lointaine, très puissante, passe sous la barre transversale de la cage matamoise. Tambacounda s’impose finalement sur le score de quatre buts à zéro.
         La deuxième rencontre de la journée met aux prises Fatick et Kolda. Pas de round d’observation entre les deux équipes. Les Fatickois trouvent la barre transversale dès la 5ième mn par l’intermédiaire de Baye Ibou Ndiaye. Fatick domine légèrement Kolda. C’est ainsi qu’à la 21ième mn, Amadou Maguèye Condé manque l’ouverture du score. Interceptant une passe en retrait de la défense koldoise, il tente sa chance en vain. A la demi-heure de jeu, on assiste à la première incursion de Kolda mais le gardien de Fatick sort et s’empare de la balle. Les deux équipes vont aux vestiaires dos à dos. Dès la reprise, les Fatickois acculent les Koldois dans leurs derniers retranchements. Les joueurs du Fouladou Pakao plient mais ne rompent pas. A peine six minutes jouées en seconde période que Fatick trouve le chemin des filets à la suite d’une action rondement menée. Le but porte la signature d’Amadou Maguèye Condé. Les carottes sont cuites ! Malgré les assauts répétés des Koldois, les Fatickois vont parvenir à garder leur cage inviolée et empocher ainsi les trois points de la gagne.
         Le dernier match oppose Thiès à Ziguinchor. Le début de la rencontre est à l’avantage des Ziguinchorois qui ouvrent la marque à la sixième minute. Une mésentente entre le gardien de Thiès et ses défenseurs, profite à Mass Bangoura qui n’a plus qu’à pousser le ballon au fond d’un but vide. Thiès se montre à son avantage à la 25ième mn mais les défenseurs ziguinchorois se dégagent en catastrophe. Tous de blanc vêtus, les Ziguinchorois prennent une belle option pour la victoire juste avant la mi-temps. Le débordement de Mamadou Lamine Danfakha est conclu par un centre repris victorieusement par Mass Bangoura qui signe un doublé. Deux buts à zéro pour les Sudistes. La pause intervient sur ce score. Désireux d’égaliser, les Thiésois obtiennent un coup de pied arrêté à l’entrée de la surface de réparation de Ziguinchor suite à une mauvaise sortie du gardien. Boubacar Cissé exécute magistralement ce coup franc et réduit le score. Le match est complètement relancé. A la 46ième mn, Mamadou Lamine Danfakha, seul devant le gardien adverse, à la réception d’un centre venant de la droite, catapulte la balle au fond des filets thiésois. Ziguinchor se met à l’abri. Entré en jeu en seconde période, Dione Diagate Demba, décroche des trente mètres, une somptueuse frappe qui atterrit sur la lucarne de la cage thiésoise. Il scelle définitivement le sort de ce match. La rencontre se termine sur ce score de quatre buts à un en faveur de Ziguinchor.

Un spectacle riche en sons et en couleurs

Le Premier ministre lors de son allocution
Présidée par le Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne, la cérémonie d’ouverture de l’édition 2015 de la Semaine nationale de la jeunesse a enregistré, samedi au stade Iba Mar Diop à Dakar, la présence des ministres Pape Abdoulaye Seck, Mbagnick Ndiaye, Matar Bâ, mais aussi du parrain Lamine Diack et de la marraine Marie Louise Corréa.
  
Dès les premières heures de l’après-midi, les gradins sont pris d’assaut par de nombreux jeunes garçons et filles. A 17H 30, les centaines de personnes présentes au stade se lèvent pour l’exécution de l’hymne national par la fanfare des forces armées. Puis c’est au tour de la chorale Marie Immaculée des Parcelles Assainies de reprendre en chœur cet hymne écrit par le président-poète Léopold Sédar Senghor. Les membres des quatorze délégations, vêtus de leurs blousons respectifs, pancartes et banderoles à la main, défilent sur la piste du stade Iba Mar Diop sous le regard des officiels, du public de jeunes. De la tribune officielle, la panoplie des couleurs offre un spectacle visuel kaléidoscopique. Dans le tempo, les membres du camp national inter-mouvements accompagnés de batteurs de tam-tam, ont entonné des chants suivis de pas de danse. Les autorités, au premier rang desquels le Premier ministre, y sont allés de leurs applaudissements. Puis place aux allocutions. 
Le Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne a indiqué que « cette fête de la jeunesse s’inscrit dans la volonté du chef de l’Etat de restaurer certaines valeurs telles que le civisme et la citoyenneté chez les jeunes ». Au nom du maire de Dakar, son adjoint Moussa Sy, a estimé que « la semaine nationale de la jeunesse est un appel aux jeunes pour une citoyenneté active et responsable ».

Réussir le pari de l’émergence avec la jeunesse
Puis, sous les ovations des jeunes du camp national inter-mouvements, Dr Marie Louise Corréa, marraine de cette édition, en ému plus d’un. « A l’évidence, notre Sénégal aura besoin de sa jeunesse pour réussir le pari de sa définitive émergence. Il faudrait dire aux Sénégalais que la voie qui mène vers la pleine réalisation des objectifs du Plan Sénégal Emergent (PSE), exigera de notre nation toute entière une véritable révolution », a-t-elle soutenu.  En entracte, le Cercle de la jeunesse de Louga, vieux de soixante quatre ans, a gratifié le public de chants et d’une chorégraphie dont le groupe a le secret.
A son tour, le parrain Lamine Diack, président de la fédération inter nation des associations d’athlétisme (IAAF), a prodigué moult conseils aux jeunes qui en ont tant besoin. Il a aussi profité de cette tribune pour exprimer toute sa joie du fait de la restauration de la semaine nationale de la jeunesse. « Je me félicite de la restauration de la semaine nationale de la jeunesse. Elle n’aurait jamais dû être interrompue », a dit l’ancien athlète de haut niveau.  
Ensuite, place au musicien Carlou-D qui, accompagné de ses danseurs, a chauffé un public descendu sur la pelouse du stade. Enfin, le concert du chanteur Wally Seck, tant adulé par les jeunes, a permis à ces derniers de montrer tout leur talent de danseurs. Me Aliou Sow, le président du Conseil National de la Jeunesse du Sénégal (CNJS) n’a pu résister aux belles mélodies du jeune artiste.

mardi 31 mars 2015

Docteur Oumar Dioume, chercheur « Il y a un travail psychologique à faire auprès des joueurs pour leur expliquer l’impact que la Can peut avoir dans leur carrière ».



Docteur Oumar Dioume
Docteur Oumar Dioume est un spécialiste en football. Il est l'auteur de deux livres que sont Inventeurs et héros noirs et Lumière noire de l’humanité. Dans cet entretien, il commente la nomination d’Aliou Cissé au poste de sélectionneur du Sénégal, fait un bilan sans complaisance de la participation du Sénégal à la Can 2015 et pointe le doigt sur les freins du football sénégalais.

Alioune Cissé vient d’être nommé sélectionneur de l’équipe nationale de football. Est-ce un choix judicieux ?
Je m’en réjouis. Ce choix est fondé si l’on considère les critères suivants. Le premier, c’est que je crois savoir qu’Aliou Cissé a son diplôme d’entraineur. Le deuxième est qu’il est un meneur d’hommes. Il l’a montré comme capitaine de l’équipe nationale du Sénégal de 2002, comme entraineur adjoint de l’équipe nationale olympique, en 2012 et comme entraineur principal de la sélection A’ avec qui, il a failli battre la Colombie, future quart de finaliste de la coupe du monde 2014. En termes de palmarès, en 2013, lors des jeux de la francophonie organisés par la France, le Sénégal coaché par Aliou Cissé, a terminé troisième, derrière le Congo et le Maroc. Et que je sache, à part les jeux de l’amitié de 1963 que nous avions gagnés et la finale de la Can 2002, cette performance n’a jamais été réalisée par un coach. J’adhère aux propos de l’ancien international français Luis Fernandes, qui dit qu’Aliou Cissé sait tenir un discours mobilisateur, qui est important en football.

Le fait qu’Aliou Cissé n’ait jamais dirigé une sélection A, ne constitue-t-il pas une faiblesse ?
Ce n’est pas une faiblesse, dans la mesure où des entraineurs ayant dirigé des équipes A, n’ont pas réussi avec le Sénégal. Je prends l’exemple d’Henry Kasperzak qui a eu un passé glorieux avec des équipes A. Cela ne l’a pas empêché d’échouer au Sénégal. Il a conduit la Côte d’Ivoire en demi-finale de la Can 1994, la Tunisie en finale en 1996 et le Mali en demi-finale en 2002. Il a, quand même, failli au premier tour de la Can 2008 avec le Sénégal. Claude Leroy a gagné la Can en 1988 avec le Cameroun. A la tête des Lions de la téranga, il a échoué en quart de finale en 1992. La liste est loin d’être exhaustive. Un passé de sélectionneur en équipe nationale A, n’est ni nécessaire, ni suffisante. Florent Ibenge, qui entraine simultanément Vita Club de Kinshasa et l’équipe nationale de la République Démocratique du Congo, n’avait jamais entrainé une équipe A avant cette Can. Malgré tout, il a remporté la troisième place de cette compétition.

Les entraineurs étrangers sont généralement mieux traités que les techniciens locaux. Trouvez-vous cela normal ?
Il n’y a aucune raison d’avoir des discriminations quand des entraineurs ont les mêmes compétences et expériences. Le sélectionneur local, dans bien des cas, s’il a une certaine vision, accepte d’être moins bien payé qu’un technicien étranger. L’expatrié, quand il n’est pas motivé et efficace, est payé même en cas d’échec. Feu Bruno Metsu aimait notre pays et avait manifesté sa volonté d’être enterré au Sénégal. En un moment donné, quand nous cherchions un coach avant la nomination d’Alain Giresse, il trouvait indécent qu’on parle de salaire de dix millions de Francs CFA dans une situation comme celle que vivait le Sénégal. L’étranger fixe ses tarifs en fonction de son expertise, des revenus de ses collègues et de la capacité de négociation des dirigeants. Contrairement au local, le « sorcier blanc » ne se sent généralement pas redevable au pays qui l’emploie.

Quelles sont les conditions sine qua non pour qu’Aliou Cissé réussisse sa mission ?
Que ce soit Aliou Cissé ou un autre, la réussite du football sénégalais dépend de la corrélation entre les infrastructures, un championnat local fort et les petites catégories. Il suffit de regarder le palmarès des équipes qui ont gagné la Can pour s’en convaincre. Le Congo est arrivé en quart de finale de la Can 2015. Ce pays a gagné la Can des Juniors en 2007, les jeux de la francophonie en 2009 et 2013, la Coupe de la Caf en 2012 avec l’Athlétic Club Léopards de Dolisie. Il a été huitième de finaliste de la coupe du monde des juniors en 2007 au Canada. L’ossature du Congo lors de la dernière Can, c’est l’Athlétic Club Léopards de Dolisie. J’ai appris que le président, a investi 380 milliards de Francs CFA dans les infrastructures. Le Gabon dont le football ne cesse d’évoluer, a créé un championnat professionnel il y a de cela quelques années. L’État a injecté 12 milliards de Francs CFA pour que chaque joueur puisse gagner 400 000 Francs par mois. Il y a des joueurs sénégalais qui s’expatrient au Maroc pour 200 000 Francs CFA. Est-ce que le Sénégal n’est pas capable d’investir 12 milliards de Francs CFA par année pour avoir un championnat local de haut niveau ? L’État a dépensé 1 milliard 800 millions rien que pour la Can 2015 alors que l’AS Pikine avait du mal à trouver 25 à 30 millions pour aller jouer ses matches à l’étranger. C’est le même cas pour l’Olympique de Ngor. Des pays comme le Bénin, l’Éthiopie, la Gambie et la Somalie pour ne citer que ceux là, ont connu la gloire en Can des Cadets et celle des Juniors car des investissements ont été faits.

Vous pensez que l’État doit revoir à la hausse le budget alloué au sport ?
Absolument ! Il faut augmenter le budget du sport de manière générale, du football en particulier parce que cette discipline est génératrice d’emplois. Saër Seck, le président de la Ligue de football professionnel a dit que le football professionnel a généré 1500 emplois depuis ses débuts en 2009. Cela n’a fait que confirmer une étude établissant que les 1100 joueurs professionnels de la ligue 1 française, généraient 25 000 emplois. C’est plus que dans l’édition, l’industrie du cinéma et l’industrie de la fabrication des composants solaires. Les collectivités locales doivent aussi s’impliquer dans le financement du football. Il est aussi important qu’elles financent les navétanes qui sont une spécificité du Sénégal. Le sport doit enfin retourner à l’école. Nous avions l’Office du sport scolaire et universitaire et il y avait des compétitions chaque jeudi. Le premier avantage est qu’il n’y avait pas de fraudes possibles sur l’âge car la majorité de ceux qui jouaient dans les championnats des petites catégories, étaient scolarisés. C’est une politique à mener. Il faut se demander aussi pourquoi les fusions de clubs, les formules des clubs d’entreprise, des forces armées, de la douane ont porté leurs fruits dans certains pays alors que tel n’a pas été le cas au Sénégal. Il va falloir se pencher sur cette question.

Le Sénégal a été éliminé, une fois de plus, au premier tour de la Can 2015. Qu’est-ce qui explique cette débâcle ?
Je pense que les choix incompréhensibles du coach l’expliquent. Comment peut-on faire autant de changements lors du deuxième match face à l’Afrique du Sud ? Pourquoi s’est-on mis dans une situation d’aller jouer la qualification face à l’Algérie ? Pourquoi a-t-on changé cinq joueurs dans une équipe qui venait de gagner son dernier match ? L’équipe qui a, de fort belle manière, pris le dessus sur le Ghana aurait dû être reconduite lors du match face aux Bafana-Bafana.

L’élimination du Sénégal a-t-elle été une surprise pour vous ?
Bien sûr ! Cela a été une surprise, dans la mesure où le Sénégal a produit deux matches remarquables devant la Tunisie, à Monastir et l’Égypte, au Caire. Ne gagne pas en Égypte qui veut, même si elle est affaiblie. Tout le monde pensait que le Sénégal avait ses chances, d’autant plus que le premier match face au Ghana a vraiment suscité beaucoup d’espoir. Personne ne pouvait s’attendre aux cinq changements entre le premier et le deuxième match. On ne change pas une équipe qui gagne.

Donc selon vous, le limogeage d’Alain Giresse est justifié.
Le limogeage ou le maintien d’un entraineur dépend des objectifs qui sont fixés dans son contrat. Je n’ai pas lu celui de Giresse mais j’imagine que l’objectif de la fédération, était d’atteindre au moins les quarts de finale de la Can.

Est-ce qu’Alain Giresse a commis des erreurs de casting dans le choix des joueurs devant participer à la Can 2015 ?
Je ne sais pas. Il a eu des problèmes avec Demba Bâ. Mais les bons résultats du Sénégal en éliminatoires, en l’absence de ce joueur, montrent qu’il n’était absolument pas indispensable. Le match contre le Ghana a d’ailleurs confirmé qu’on pouvait faire de bons matches sans lui. Cependant, on peut s’interroger sur le fait que Giresse n’ait jamais donné sa chance à Moussa Konaté, un buteur spontané.

Les joueurs sénégalais étalent toute leur classe dans les championnats européens. Pourquoi ne sont-ils pas performants en équipe nationale ?
Ils jouent dans des systèmes différents. C’est vrai qu’ils sont des professionnels et doivent avoir la capacité de s’adapter à tout système de jeu. Étant habitués à jouer à des postes bien déterminés, dans des systèmes qu’ils maitrisent, s’il y a des chamboulements en équipe nationale, ça peut les perturber. Il faut avouer aussi que cette équipe commençait à avoir des automatismes en jouant plusieurs matches avec une défense à trois ou à quatre. Le Sénégal, avec le Cameroun, a été la meilleure défense durant les éliminatoires de la Can 2015, n’encaissant qu’un but. Preuve que cela a marché. Je crois que ce sont plus les changements soudains intervenus face à l’Afrique du Sud, qui ont tout fait basculer.

N’avez-vous pas senti un manque d’engagement des joueurs ?
Je crois que certains d’entre eux, qui ont choisi de participer à la Can, risquaient de perdre leurs places en club. Un joueur qui viendrait à la Can en manquant d’engagement, ne serait pas intelligent. Ne serait-ce que du point de vue de ses intérêts égoïstes car cette compétition est une vitrine. Les exploits d’un joueur, dans ce tournoi, sont vus par le monde entier, ce qui va améliorer sa cote. Il y a un travail psychologique à faire auprès des joueurs pour leur expliquer l’impact que la Can peut avoir dans leur carrière. Après la Coupe du monde et l’Euro, la Can est la compétition la plus suivie au monde.  

vendredi 27 février 2015

Une connivence qui ne dit pas son nom



Renaud Lambert, journaliste au Monde diplomatique
L’adaptation télévisée du livre de Serge Halimi « Les nouveaux chiens de garde »,  a été visionnée le mercredi 7 janvier dernier par les étudiants du Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (Cesti) dans le cadre des traditionnels carrefours d’actualité. Cette activité a vu la présence de Renaud Lambert, journaliste au Monde diplomatique.

Les médias, ensemble des moyens de diffusion des informations au public, occupent, au fil des années, une place prépondérante au sein des sociétés dites modernes. L’importance de ceux-ci a fait dire à l’ancien président américain Abraham Lincoln qu’une presse sans pouvoir vaut mieux qu’un pouvoir sans presse. Cependant, vu le pouvoir illimité qu’on attribue aux médias, les politiques de même que les grands industriels, ont senti la nécessité de maîtriser ce moyen de communication pour asseoir leur domination. Cette entreprise d’une frange de la population déteint sur le journaliste qui, du coup, perd son indépendance, son objectivité. La presse est devenue l’apanage des hommes d’affaires à la tête de grands groupes industriels du fait de l’énorme coût de création d’une entreprise de presse. Ces patrons d’entreprises, qui ne font que défendre leurs propres intérêts, orientent les informations à leur convenance. Ce fut le cas lors de l’arrêt des constructions dans une centrale nucléaire en France. Le marché ayant été gagné par le groupe Bouygues en 2008, la TF1, appartenant à ce groupe, a fait, ce jour là le choix d’ignorer cette information malgré son intérêt national.
A force de fréquenter les politiques, les journalistes finissent aussi par être liés à ceux-ci pour former une “famille”. Les journalistes, censés informer juste et vrai, deviennent ce que Serge Halimi appelle « les nouveaux chiens de garde » au service des pouvoirs politique et économique.  
De plus, les médias font les mythes. Ils mettent au devant de la scène des personnes et de façon sournoise rendent sacrées les paroles de ces dernières. Ces nouveaux “experts” tirent profit de leur aura consécutive à une propagande télévisuelle en surfacturant leurs conférences. Ces pseudos experts avec la complicité de certains journalistes, investissent aussi le champ médiatique pour défendre les intérêts néolibéraux. Ils font généralement l’apologie de la pensée unique économique lors de nombreuses émissions dont ils sont les invités exclusifs. Les économistes, qui défendent le néolibéralisme, ont ainsi eu une grande part de responsabilité dans la crise financière mondiale de 2008 résultant de la crise des subprimes aux États-Unis. C’est la fameuse théorie de l’agenda ou agenda-setting développée par Mc Combs et Shaw. Selon celle-ci, les médias attirent l’attention des publics, non seulement sur des personnalités dont ils font des stars, mais aussi sur des évènements sociaux. Ils contribuent à définir le calendrier des évènements et à établir une hiérarchie entre les sujets. Cette fonction de structuration de la vie sociale est d’autant plus manifeste que les téléspectateurs, auditeurs et lecteurs n’ont pas la possibilité de prêter attention à la multitude des messages diffusés.
Étant les propriétaires de bon nombre de groupes de presse, les industriels font montre d’ingéniosité en ayant recours dans bien des cas à la diversion pour sauvegarder leurs avantages. L’affaire d’Outreau (affaire pénale d’abus sexuel sur mineurs en France en 2004) en est un exemple manifeste. Des journaux comme Le Parisien, Le Monde, Libération ou encore Le Figaro, ont, à maintes reprises, consacré leurs Unes à cette affaire au détriment d’un rapport accablant sur la pollution de l’air publié par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Dès lors qu’ils acquièrent une certaine renommée, certains journalistes rompent le contrat qui les lie avec le public. A leurs débuts, ils s’érigent en défenseurs des populations lésées dans l’optique de taper dans l’œil de l’État ou de grands entrepreneurs pour un potentiel recrutement. Les journalistes deviennent du coup des globe-trotters.